Ne m’appelez plus jamais Mademoiselle !

NB : Même régime pour « Hey-Mad’mooâzell-Hey-là-vas-y-tooâ ».

 

Premier article sur ce blog. Premiers mots et première question : on commence par quoi quand on écrit un blog ?

Faisons simple : entre gens civilisés, pourquoi ne pas nous présenter ! C’est toujours chaleureux et convivial les présentations. Donc commençons par le commencement et par le titre de civilité. Mais, au fait, à l’aube de ma trentaine, je suis quoi ? Madame ou Mademoiselle ? Pour moi, depuis septembre 2015 et mon fabuleux mariage avec LUI, il ne fait aucun doute : je suis MADAME Hirondelle. Mais pour vous, pour eux, je suis qui ? Parfois Madame. Trop souvent Mademoiselle… Voilà, on y vient…

 

Mademoiselle ou la misogynie d’habitude

Oui, je sais : l’insignifiant, le classique, le poétique, le poli, le doux, le flatteur MADEMOISELLE.

Mais non en fait !!! Le condescendant, l’inquisiteur, le déplacé, l’impudique, l’archaïque, le discriminant MADEMOISELLE.

Bon, dès ces premiers mots, je vous vois venir de loin : « ah non, on va pas encore nous ressortir ce vieux débat déjà trop usé, étiré, essoré, délavé… C’est du réchauffé, du dépassé, du périmé, tout ça ». Et bien, c’est ce que je pensais. J’étais convaincue qu’en 2012, une magnifique circulaire, dont la régularité a été confirmée par le Conseil d’Etat, avait enterré ce « Mademoiselle ».

Enfin, enterré, ce serait sans compter les contradictions internes du Conseil d’Etat qui, un an après, se demandait si, finalement, on reprendrait pas un peu de Mademoiselle !

Je ne suis pas naïve, je me doutais bien que les usages profondément ancrés n’allaient pas disparaître du jour au lendemain. Mais je faisais réellement confiance au débat qui s’était tenu à cette époque pour attirer l’attention de ceux pratiquant le Mademoiselle en toute bonne foi, sur le caractère déplacé et dégradant de ce terme. Sur le rabaissement ressenti lorsque, à qualification et âge égaux, on donne à l’un du « Monsieur », tandis que l’autre devra se contenter d’un « Mademoiselle ». Sur les efforts à déployer pour redorer sa cote sérieux-et-crédibilité après s’être pris un « Mademoiselle » dans les dents. Sur la gêne et la colère éprouvées lorsque ce « Mademoiselle » s’accompagne d’un regard profond de type « je me trompe pas, hein, t’as pas l’âge d’être mariée, t’es bien disponible ? ».

Je pensais que, très simplement, au fil du temps, seule subsisterait la distinction entre « Madame » et « Monsieur », les termes « jeune homme » ou « jeune fille » étant parfaitement adaptés aux situations auxquelles aucun des deux premiers titres ne se prête. Je pensais qu’on venait d’abattre définitivement ce troisième genre jusqu’ici présent sur les documents officiels pour les femmes non mariées, qui n’étaient donc ni hommes, ni tout à fait femmes, mais « demoiselles ».

Ce mademoiselle puant qui comporte en lui, malgré les années, malgré le XXIè siècle, cette notion de disponibilité de la femme au bénéfice de l’homme.

Ce mademoiselle écoeurant qui laisse à penser qu’il existe des grades entre les femmes, entre celles épaulées par un époux et les autres qui ne le sont pas encore, fragiles, légères et futiles.

Ce mademoiselle tellement archaïque qui pousse une femme non mariée à se demander à partir de quel âge elle est en droit de prétendre au titre de Madame.

Ce mademoiselle invasif qui invite les femmes à renseigner leur état matrimonial.

Ce mademoiselle qui atteint son paroxysme avec le dégouttant « Hey Mad’mooâzell » scandé dans la rue et qui a achevé de me convaincre que ce titre était, en réalité, tout sauf une civilité…

 

Le recours au Mademoiselle, entre politesse et provocation

Pour ce qui est des fruits du débat sur le Mademoiselle, je me suis plantée dans les grandes largeurs !

Incontestablement, auprès de certains, ce débat a su trouver un terreau fertile et les a poussés à réfléchir sur leur usage du « Mademoiselle » et le fait que ce terme pouvait être mal vécu.

En revanche, les autres, qui ont par ailleurs jugé que ce débat stérile était encore un complot de féministes désoeuvrées, ont désormais à coeur de lancer des « Mademoiselle » provocateurs.

Ces autres qui sont confortés par le comportement de certaines femmes, flattées d’être prises pour un peu plus jeunes qu’elles ne le sont, séduites d’avoir pu/cru déceler une amorce de séduction dans cet emploi du Mademoiselle, conservatrices au point de penser qu’une femme n’en est pas tout à fait une tant qu’elle n’est pas mariée. Ces femmes à qui il est impoli de demander l’âge. Ces femmes susceptibles de vous fusiller du regard à la moindre référence à leur âge. Mais ces femmes qui ne s’offusquent pas qu’un usage quotidien leur enjoigne de renseigner leur situation matrimoniale. Ces femmes qui ont oublié à quel point au cours de la vingtaine, puis parfois de la trentaine, il peut être difficile de supporter le regard déplacé de certains hommes, les avances trop audacieuses et non consenties et qui, du haut de leur âge-un-peu-trop-élevé-à-leur-goût, viendront vous expliquer qu’il n’y a rien de plus flatteur que la drague de rue… Ces femmes qui ont su mettre dans l’embarras quelques hommes de bonne foi en les rabrouant avec leurs « Madame » jugés trop vieillissants.

Ces femmes qui ont surtout servi de prétexte à tous ces types rétrogrades pour qui le « Mademoiselle » est toujours digne d’intérêt.

 

En quoi ce Mademoiselle est révélateur de l’état de notre société en matière d’égalité des sexes ?

Je sais que ce débat est futile. Je suis consciente qu’il est peu probable qu’un usage inadapté du Mademoiselle ait causé de lourdes séquelles. Je suis même certaine que cette « réforme du Mademoiselle » en 2012 a pu avoir pour principal intérêt, à quelques mois de la présidentielle, de détourner l’attention des vrais sujets.

Pour autant, c’est l’existence même de cette distinction entre les « dames » et les « demoiselles », exclusivement réservée aux femmes, qui me révolte. Je suis surprise que ce terme indécent, inadapté, discriminant et embarrassant subsiste dans notre langage quotidien. Je suis en fait choquée que l’usage de ce terme continue d’être toléré, accepté, voire même plébiscité par certains. Car, en réalité, non, ce débat n’est pas futile : il est au contraire extrêmement révélateur.

A mon sens, le message est clair : si les hommes sont prêts, en France, à continuer d’opérer une distinction sociale entre les femmes mariées et celles qui ne le sont pas, cela signifie que les positions ne sont pas prêtes de bouger sur les thèmes majeurs que sont l’égalité salariale, la parentalité, les violences faites aux femmes ou encore la représentativité des femmes dans la vie publique…

Bref, tout ceci pour vous dire que, ici, vous aurez affaire à Madame Hirondelle !

Cela étant dit, je crois que les présentations sont faites : enchantée de faire votre rencontre, lecteurs téméraires qui m’aurez suivie jusqu’aux derniers mots de cet article !

2 commentaires Ajoutez les votres
  1. Je suis d’accord avec toi sur la nécessité de ce débat et de la suppression du « mademoiselle » d’un point de vue administratif, tout comme je suis horripilée par les « Et c’est madame ou mademoiselle ? », regard libidineux en bonus. Je serais un peu moins catégorique sur l’usage dans la langue courante. Pour des femmes adultes la question ne se pose pas mais j’avoue avoir du mal à ne pas appeler « mademoiselle » une petite fille, le « jeune fille » ne me venant pas toujours spontanément. Je passe également l’usage aux personnes âgées pour qui c’est uniquement de la politesse face à une jeune femme, et qui de toutes façons ne font pas toujours la différence entre quelqu’un de 17 ans ou de 30… (j’en veux pour preuve le nombre de fois où on m’à demandé si le bac s’était bien passé !)

  2. Pourquoi retirer un peu de liberté au grand nombre de célibataires qui préféreront toujours Mademoiselle à Madame, parce que c’est beaucoup plus respectueux, que c’est un signe d’indépendance, que cela n’a strictement rien à voir avec l’âge, et que la majorité d’entre nous évolue dans un univers courtois, où les femmes ne sont pas des objets. Petite anecdote, lorsque j’étais d’âge scolaire, la moyenne d’âge de mes professeurs mariées était de 30 ans, celle de mes professeurs célibataires était de 50 ans. Quand on nous annonçait Madame X, on s’attendait à voir arriver une jeune femme et quand on nous annonçait Mademoiselle Y, on s’attendait à voir arriver une vieille femme. Et c’était rare qu’il en soit autrement. Culturellement, je n’ai donc jamais associé Mademoiselle à la jeunesse, mais beaucoup plus probablement à la liberté. Les vieilles demoiselles que j’ai connues dans mon enfance, en plus d’être des puits de science, étaient libres et indépendantes et n’avaient de compte à rendre à personne. Les dames avaient beaucoup plus de contraintes et associaient toujours leurs maris à chacune de leur décision. Je pense que les féministes d’aujourd’hui manquent un peu de culture.

    Par ailleurs, je n’ai jamais constaté de regard libidineux de la part du personnel administratif, d’autant que sous la ligne civilité, qui est simplement là pour vous faire préciser comment vous souhaitez que l’on adresse à vous, se trouve la case à cocher Célibataire, Marié, et toutes les déclinaisons possibles et imaginables qui ne cessent de s’allonger au fil du temps. Donc, même en supprimant la case Mademoiselle, non seulement votre état civil est parfaitement connu, mais en plus il faut rentrer dans des considérations beaucoup plus intrusives pour les personnes concernées, que la simple distinction entre Madame et Mademoiselle, qui reste avant tout une formule de courtoisie, utile pour libeller le courrier suivant les souhaits de l’intéressée.

    Tant qu’aux êtres libidineux qu’on croise dans la rue, en général on ne se balade pas avec un formulaire scotché sur le front avec des cases cochées. Ce n’est de toute façon pas le terme Madame utilisé à la place de Mademoiselle qui leur fera changer de comportement, bien au contraire. Au lieu de vous demander si c’est Madame ou Mademoiselle, ils vous demanderont si vous êtres mariée ou pas, ce qui sera bien pire. Ne vous a-t-on jamais appris à faire celle qui n’entend pas quand quelqu’un vous importune dans la rue? C’est la meilleure réponse. Je peux vous garantir que c’est bien plus efficace que la modification des formulaires administratifs.

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