Mes débuts de papa sur un air de Brassens…

Je m’en souviens comme si c’était hier. Ma belle hirondelle était alors enceinte de 3 mois et à cette époque, au fond de moi, j’étais persuadé que mon petit colibri était une petite colibrette. Comme quoi des fois, l’instinct… mais ce n’est pas le sujet du jour ! A ce moment de la grossesse, je ne sentais pas encore les légers battement d’ailes de mon oisillon dans le ventre de ma femme et notre relation en était encore à ses balbutiements. J’essayais de lui parler, de lui raconter des choses, autant pour l’habituer au son de ma voix que pour me faire à l’idée de cette nouvelle vie qui nous attendait. Et très naturellement, je me suis mis à fredonner cette magnifique chanson de Brassens que je n’avais pourtant pas écoutée depuis des lustres : « je me suis fais tout petit ». Depuis ce jour, je n’ai cessé de la lui chanter inlassablement, passionnément, jusqu’à la fin de la grossesse et pendant ses premiers mois d’existence. Bref, j’ai fait mes premiers pas de papa sur un air de Brassens ! 

 

Chanter, pour dépasser la pudeur…

Je crois que tout vient de là : depuis le début de la grossesse, je lisais partout qu’il fallait absolument parler à mon petit têtard pour qu’il comprenne qui j’étais et qu’il me reconnaisse une fois venu au monde. Sur le principe, j’étais d’accord, ça me paraissait même plutôt logique, mais, en pratique, reconnaissons-le, ce n’est pas si évident. Que pouvais-je bien raconter à ce petit être dont je n’avais encore aucun signe de vie en dehors des échographies et des nausées de sa mère ? Et, surtout, parler à un ventre, ce n’est pas commun… voir même franchement bizarre et moi, je me sentais idiot de le faire… surtout devant ma femme. Pourtant peu timide dans la vie de tous les jours, je me sentais comme un ado lors de son premier rencard, un peu mal à l’aise et envahi par cette impression persistante que tout ce qui pourrait sortir de ma bouche ne serait pas à propos, rendant de ce fait chacun de mes mots absolument ridicule.

Alors finalement, peut-être que cet air de Brassens m’est apparu comme un échappatoire. Moi qui chante à longueur de journée, je ne pouvais pas trouver mieux que la musique, cet univers dans lequel j’ai tous mes repères,  pour faire le lien avec ce nouveau monde dans lequel je n’en avais aucun ! Et puis j’y ai pris goût. J’ai réécouté cette musique des dizaines de fois, sous toutes ses versions, pour me remémorer les quelques paroles que ma mémoire avait occultées, avant de la répéter  avec plaisir et douceur devant le ventre de mon hirondelle, qui vibrait délicatement sous le timbre de ma voix.  Le temps passant, le têtard grandissant, ce petit bout de nous a commencé à bouger de plus en plus et à se manifester plus régulièrement. Et j’ai l’impression (en tout cas, j’aime le croire), qu’il réagissait au son de cet air de Brassens, devenu alors berceuse de fortune.

berceuse brassens addh

 

« Je me suis fait tout petit », cette magnifique chanson de Brassens

Pour ceux qui ne connaissent pas cette chanson, je ne peux que me faire un plaisir de vous la faire découvrir ici, tant elle me tient à cœur. Bien sûr, pour Brassens, elle n’avait pas le même sens, puisqu’elle était initialement écrite pour son amante… mais fermez les yeux et écoutez le premier couplet, le premier refrain, en vous mettant à la place d’un futur papa, qui attend son premier enfant (d’autant que je vous le rappelle, à cette époque j’étais persuadé que j’allais avoir une petite fille).

 

« Je n’avais jamais ôté mon chapeau
Devant personne
Maintenant je rampe et je fais le beau
Quand elle me sonne.
J’étais chien méchant…elle me fait manger
Dans sa menotte.
J’avais des dents d’ loup… je les ai changées
Pour des quenottes !

Je me suis fait tout petit devant une poupée
Qui ferme les yeux quand on la couche,
Je m’ suis fait tout p’tit devant une poupée
Qui fait « maman » quand on la touche. »

 

Plus tard, quand j’ai su que ce petit bébé que j’appelais « ma petite chouquette » était en fait un petit bonhomme, j’ai continué, en changeant simplement quelques mots du refrain :

« Je me suis fait tout petit devant un bébé
Qui ferme les yeux quand on le couche,
Je m’ suis fait tout p’tit devant un bébé
Qui fait « maman » quand on le touche. »

 

D’autres reprises de cet air de Brassens à découvrir

Comme tous les artistes de talents, Brassens a été repris par de nombreux chanteurs et chanteuses, et en particulier cette chanson « je me suis fait tout petit ».  Je vous propose d’en découvrir 3 que j’aime tout particulièrement : vous me direz laquelle vous plait le plus !

 

1- Brassens par les ogres de Barback

Ces poètes des temps modernes dont je suis complètement fan nous offrent une magnifique interprétation de cette chanson, en y apportant leur univers bien particulier, avec une émotion profonde transmise en toute simplicité, sans artifice.

2- La version instrumentale de Clément Reboul

Quand la chanson française rencontre le jazz manouche, ça donne quelque chose comme ça, un air doux et entraînant à la fois, qui vous reste à l’esprit pour vous donner le sourire toute la journée.

3- Natalia Doco, et les couleurs de l’Argentine

Natalia est née à Bueno Aires et son interprétation en version acoustique nous fait voyager à chaque syllabe prononcée.

Une fois que mon petit colibri est né, j’ai continué à lui chanter cette chanson pour l’apaiser, pour lui souhaiter bonne nuit, pour lui dire que je l’aimais… et aujourd’hui, 8 mois après sa naissance, j’ai l’impression que c’est un peu à travers cette musique que notre complicité est née. Mon fils a apprivoisé ma voix sur un air de Brassens, et c’est à travers cet air qu’il a découvert une partie de mon monde. A tout jamais, elle raisonnera dans ma tête avec une saveur toute particulière et un sens qui n’appartient qu’à moi.

Qu’à nous.