Lis dans mes yeux comme tu es belle !

Il y a quelques jours, mon hirondelle vous écrivait un très bel article sur son corps d’après grossesse . Ce corps avec lequel elle a dû « cohabiter » avant de l’accepter péniblement. Ce corps qu’elle a scruté semaine après semaine dans les moindres recoins, ajoutant méthodiquement chaque changement à la liste de ses complexes. Ce corps qu’elle a maudit, caché, tenté d’oublié… mais surtout, ce corps qu’elle n’a jamais vu comme moi je le voyais. Alors oui, je sais, ma position est plus facile que la sienne : malgré une petite couvade de circonstance (surement liée au fait que j’ai eu un SAM attitré pendant 9 mois) et des cernes qui semblent trouver bien confortable le haut de mes joues,  mon corps n’a pas tellement changé. Mais, pendant toute cette grossesse, j’ai vu le sien évoluer, je l’ai regardé avec amour se transformer et aujourd’hui encore je ne me lasse pas d’y poser mon regard. Alors même si je comprends aisément sa difficulté à l’assumer et la violence que lui ont infligé les mois passés, j’aimerais profiter de cet article pour vous livrer ma vision à moi,  jeune mari-amoureux-papa, et partager toutes ces raisons pour lesquelles j’ai aimé son corps de femme enceinte, comme j’aime celui de nouvelle maman.

 

1) La femme enceinte, ou le fantasme du changement

Au-delà de chaque transformation subie par son corps, je crois que finalement le plus dur pour mon hirondelle aura été de faire le deuil de son corps d’avant. La moindre petite fluctuation physique était vécue comme un pas de plus l’éloignant de sa silhouette adolescente et le simple fait de supposer leur caractère irréversible l’angoissait profondément. Une métamorphose mal assumée parce que non maîtrisée, et quelque part, un changement  pour lequel le plus difficile à accepter était en fait l’idée du changement lui-même. Et, paradoxalement, de l’autre côté du miroir, c’est ce changement qui m’a fait la désirer différemment, la regarder autrement, toujours amoureusement. Je m’explique.

Pour sortir de leur routine, ou réveiller leur libido, certains s’adonnent à des jeux de rôles – policière dominatrice ou infirmière sexy, à chacun son plaisir. D’autres vont voir ailleurs, mais c’est un autre problème. Mais au fond, la problématique est la même : casser le quotidien en jouant la carte de la différence, s’offrir une parenthèse d’ailleurs pour réveiller ses sens. Mais à moins d’aller jusqu’au bout de son fantasme et d’avoir recours à la chirurgie esthétique pour se transformer en Mariah Carey, ce qui reconnaissons-le fait un peu beaucoup pour une soirée, le déguisement exhausteur de plaisir atteint inévitablement sa limite : devoir faire avec le corps que l’on a, sans possibilité d’en changer. Vous voyez où je veux en venir ?

En tant que jeune marié, je n’ai pas eu affaire aux costumes « spécial couple », mais si je fais de la psychologie de comptoir deux minutes, c’est ainsi que j’analyse la manière dont j’ai vécu ces 9 mois de grossesse. C‘était elle, la femme que j’ai choisie, avec le corps d’une autre. Un corps que je découvrais chaque jour comme si c’était la première fois, que j’apprivoisais (quand elle me laissait l’approcher entre deux crises de « arrête je ne suis pas à l’aise, ne me regarde pas »). L’odeur était la même, les courbes différentes.  Je ne voyais pas les vergetures, les kilos en trop, les hanches plus larges que d’habitude… j’étais juste ravi de partager ce changement, le savourant d’autant plus que je le savais éphémère.

 

2) Abondance vs générosité

« Trop »… voici le mot que j’ai sans doute le plus entendu de la part de ma petite hirondelle à propos de son corps pendant la grossesse. « Trop grosse ». « Trop moche ». « Trop rayé ».  » Trop flasque ». Trop tout en fait (sauf la poitrine, jamais « trop » volumineuse pour ma femme qui a bien vu là sa seule source de réconfort, malgré la hantise de les perdre ensuite). Trop, cette marque d’excès, d’abondance regrettable et regrettée, qui vous fait comprendre que rien ne va comme il faut. Encore une fois, question de point de vue : ok, la jeune femme que j’avais épousée n’avait plus tout à fait sa silhouette d’ado, mais comment pouvais-je ne pas craquer devant cette femme nouvelle aux formes généreuses ? Le plus beau corps de femme est finalement celui de celle qui s’assume.

Je l’ai trouvé jolie, très jolie, mais malgré mes compliments (qu’elle prenait trop souvent pour de la politesse ou une tentative de réconfort), rien ne pouvait détourner son regard de ses complexes naissants, pas même mes yeux brillants qui ne demandaient qu’à lui refléter le portrait sublime qu’elle me renvoyait alors. Comme s’il était trop difficile d’assumer des formes pas encore acceptées, et pourtant bien visibles malgré toutes ses précautions de discrétion.  Oh, comme je le comprends. Et pourtant, mon amour, crois moi, ce corps t’allait si bien !

 

3) L’admiration – le corps, ce symbole de courage

Après la grossesse et son joli ventre rond, vient l’après-grossesse et son petit bidou rebelle qui fait de la résistance. Et qu’importe (non, non, je ne dis pas ça pour que ma brioche de trentenaire passe inaperçue) ?  Là où ma petite hirondelle voyait des marques d’usure, je voyais des traces d’amour, du don de soi, des souvenirs de l’intensité de l’instant, des tatouages indélébiles qui marquaient le début de notre nouvelle vie à trois. 

Je ne dis pas ça pour la consoler, pour l’aider à retrouver confiance, ou pour lui faire plaisir. Mais croyez-moi mesdames, si l’amour rend aveugle, il y a des sentiments qui cachent bien plus encore les petites imperfections que vous impose dame nature. J’ai nommé l’admiration et le courage. Parce qu’elle a pris soin de notre petit colibri pendant neuf mois, parce qu’elle a accepté de mettre son corps à rude épreuve pour nous créer une famille, parce qu’elle a souffert sans se plaindre (ou presque, mais c’était légitime) pour ce petit bonhomme qui partage maintenant nos vies. Pour toutes ces choses et plus encore, je ne vois pas de fessiers qui tombent et d’abdos qui coulent. Je vois une femme forte et belle, ma femme dont je suis si fier…

 

 

4) La femme retrouvée et le plaisir de l’exclusivité

Oui, c’est vrai, l’après-grossesse n’est pas le moment le plus facile à vivre et votre corps, mesdames, vous fait bien des misères… mais au-delà de ce petit bidon qui persiste les premiers mois, de ces cheveux qui tombent (même si c’est vrai, l’évier bouché, c’est chiant), de votre poitrine qui s’évapore et tout le reste… quel plaisir de retrouver sa femme et son corps juste pour nous ! J’adore mon petit colibri, mais même si j’ai pris du plaisir à le voir gazouiller dans le ventre de ma moitié, je suis bien content qu’il ait fini par en sortir : ma femme, c’est la mienne et je ne la partage pas.

 

Le plus dur dans tout cela, c’est que même si je trouvais 10 000 raisons d’aimer son corps d’avant, pendant, d’après, même si j’inventais les mots les plus beaux pour le lui avouer, même si je lui répétais du matin au soir que je ne cesse de la désirer… ma parole n’aurait que peu de poids devant cette épreuve du corps et elle continuerait, devant le miroir, de ne pas s’aimer (ou pas toujours). Mais malgré tout, je serai là. Malgré tout, je lui dirai, lui rappellerai, lui répéterai… Alors, s’il te plait, mon hirondelle, lis dans mes yeux comme tu es belle !

 

 

 

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