Lettre à mon fils

On vit, on pleure, on rit, on crie, on oublie… La vie passe à une vitesse folle et nous nous laissons absorber par ce dossier que nous devions traiter depuis deux semaines, ces courses à aller chercher, ce rendez-vous chez le dentiste qu’il fallait fixer, ces chaussures à acheter, ce repas à préparer… Et puis, on est rappelés à l’ordre. Un décès survient. Tout se fige. Notre coeur se brise. On prend conscience que, parmi toutes les choses que nous avions prévues et soigneusement listées, nous n’avions pas prévu que tout pourrait s’arrêter. Soudainement. Sans prévenir.

Ce jour-là, on a le souffle coupé, la gorge serrée, le cerveau tétanisé. Au profit d’un planning trop serré, d’un quotidien trop prenant, on avait oublié. Qu’un jour les choses s’arrêteraient. Que les choses devaient être dites tant qu’il en était encore temps. Qu’il fallait profiter de ceux qu’on aime tant qu’ils étaient encore à nos côtés.

Ce jour-là, désemparée,  j’ai voulu prolonger la vie. Je me suis convaincue que tout ne pouvait pas s’arrêter là et que des mots m’avaient forcément été écrits, quelque part, dans un petit carnet, sur une feuille au fond d’un tiroir, sur un marque-page traînant entre les pages d’un vieux livre. Mais non, il n’y avait rien. C’était terminé. Nous ne pouvions plus échanger, au-delà de cette mort qui était tombée comme un couperet.

C’est à ce moment là, mon petit Colibri, que j’ai réalisé qu’à moi aussi, il pouvait arriver quelque chose. Demain ? Dans 2 ans ? Dans un demi-siècle ? Tu sais, mon tout petit amour, je n’ai jamais eu peur de la mort. J’aime trop la vie pour la gâcher à craindre son issue. Je suis juste terrifiée à l’idée de te laisser, de ne plus être là pour toi. Alors j’ai réalisé que, par des mots, je pourrais continuer à exister pour toi et j’ai voulu t’adresser cette lettre. Ces mots sont des repères dans la nuit pour les jours sombres que tu pourrais traverser.  Ce sont des petites bombes d’amour que j’aimerais disperser un peu partout pour qu’elles te procurent une explosion de réconfort, le jour où tu en auras besoin. Ces mots sont des alliés pour que tu ne te croies jamais seul ou abandonné. Ces mots sont surtout la preuve irréfutable de cet amour inconditionnel que je t’ai porté, pour que, jamais, tu ne viennes à penser que tu n’es pas digne d’être aimé.

 

 

Mon Amour, mon tout petit,

La vie est formidable. Elle est d’une beauté fabuleuse et t’offre tant de bonheur, de belles et bonnes choses, d’émotions pures, de rires… Mais ce qui fait la beauté de la vie, c’est aussi son caractère imprévisible et, de ce fait, ni toi, ni moi ne savons quand elle s’arrêtera.

Alors il m’a semblé nécessaire de t’envoyer ces quelques mots, sans connaître le temps qui se sera écoulé entre le jour où je t’écris ces mots et le jour où ils te parviendront. Sans rien savoir de ce que nous aurons vécu et traversé dans cet intervalle. Simplement pour que, quoi qu’il m’arrive, tu saches comme je t’aime, sans mesure, à la folie.

Mon petit amour, tu es ce petit garçon dont j’ai rêvé, que j’ai porté et qui me rend heureuse bien au-delà de mes espérances. Avec tes petits yeux rieurs et leur douce forme d’amande, tes longs cils, ton adorable fossette sur le menton, ton immense sourire. Ton courage, ton incroyable facilité d’adaptation et ta curiosité. 

Du jour où tu es né, j’ai su que j’étais devenue incroyablement vulnérable. J’ai su que je ne te survivrais jamais car, dès la minute où mon coeur s’est serré pour toi, j’ai su qu’il se briserait sans toi.

Mon tout petit bonhomme, j’ignore l’âge que tu auras le jour où tu prendras connaissance de ces mots. Mais sache que je serai toujours avec toi. Vivante ou dans le ciel, mon Amour, je ne te lâcherai jamais une seule seconde. Je veillerai toujours sur toi. Je te protégerai de toutes mes forces et tu auras cette chance rare de ne jamais être vraiment seul.

Il faudra, de ton côté, te souvenir des belles valeurs que ton papa et moi avons voulu te transmettre : la tolérance, l’espoir, l’honnêteté, la sensibilité. Tu sais, mon Amour, quoi qu’on te laisse penser, aimer l’autre et être sensible à ses souffrances est une force incroyable, la force des grands hommes. Ne laisse jamais personne te laisser penser qu’il s’agit là d’une faiblesse. Fais en sorte, de toujours pouvoir être fier de l’homme que tu es : c’est de loin le plus beau des cadeaux que tu pourras t’offrir.

Ta Maman, qui t’aime bien au-delà de la folie.

 

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