Mon corps d’après-grossesse, cet étranger

Au cours des derniers mois, j’ai fait vivre à mon corps un choc d’une violence inouïe. Je l’ai imbibé d’hormones, à le faire vomir, pleurer ou gonfler. J’ai étiré mon ventre pour y faire rentrer un bon litre de liquide amniotique, un utérus moelleux et douillet de la taille d’une citrouille, un super frigo-placenta et son principal occupant, un petit bonhomme de 3,610 kg. J’ai élargi mes hanches pour y faire naître mon PETIT COLIBRI, ses 53 cm et ses larges épaules. J’ai gonflé ma poitrine à bloc pour enfin arrêter les push-up nourrir pendant quelques mois ce petit bébé. Et pour rajouter ma petite touche personnelle à cette vaste opération de saccage en bande organisée de mon corps d’ado, j’ai assaisonné le tout de quelques kilos bonus ! Bref, j’ai demandé à mon corps de réussir ce tour de force qu’est la création d’un être vivant et il va maintenant falloir que je m’habitue à ce nouveau corps d’après grossesse.

 

Adieu, taille de guêpe, poitrine ferme et fesses hautes…

Mon poids, jusqu’ici, avait toujours été un non-problème. Non, je n’ai jamais idolâtré mon corps. Loin de là… Bien sûr, j’ai toujours rêvé d’un bonnet de poitrine supplémentaire, de genoux plus droits, d’abdos plus marqués. Mais, comme quelques chanceuses qui s’ignorent trop souvent, je ne me suis jamais souciée de mon poids et je n’ai jamais grossi/maigri depuis mes 15 ans (à +/- 1 kg près). J’ai toujours choisi mes vêtements en taille 1-XS/S-34/36. Problèmes d’épilation mis à part, je suis de celles pour qui le fait de se mettre en maillot de bain n’a jamais été une difficulté. Plutôt gourmande, mon corps a toujours semblé être insensible à mes caprices gastronomiques ou petites crises de boulimie devant la tv. Je pensais tout ça assez naturel. Je me rends désormais compte qu’il s’agissait là d’un incroyable cadeau que me faisait mon corps.

Enceinte, sans surprise, mon corps s’est transformé. Allaitement aidant, ma poitrine a gagné jusqu’à 3 bonnets. Mes hanches se sont épaissies. Mon ventre s’est arrondi. Au fil des semaines, il a fallu que je fasse mes adieux à toutes les composantes de mon corps d’ado, sans savoir si l’opération en cours était, ou non, réversible. J’ai donc passé un temps fou le matin sous la lumière trop vive de la salle de bain ou le soir sous l’indulgente lueur des lampes de chevet à observer chacun des détails de ce nouveau corps, en tentant d’en comprendre les nouveaux codes et les nouvelles courbes. A scruter cette peau qui tirait, tendait, s’étirait… A imaginer ce qu’il pourrait me rester après la tempête que représente la grossesse. Portée par les encouragements de mon incroyable mari et par l’amour que je portais déjà à notre PETIT COLIBRI, j’ai appris à un peu aimer ce corps. Progressivement. Par touches. Kilo après kilo.

Après coup, lorsque je regarde mon corps de grossesse avec indulgence et objectivité, ayant fait le deuil de mon corps d’avant et (ATTENTION TEASING !) ayant découvert ce à quoi ressemblait le corps d’après, j’arrive à aimer ce corps de grossesse, ce corps de femme, plein de rondeurs, de vie et de douceur.

 

Le choc de la découverte de mon corps quelques heures après l’accouchement

J’ai donc beaucoup cherché à imaginer ce à quoi pourrait ressembler mon corps après la grossesse, quels seraient les souvenirs que me laisseraient ces 9 mois de cohabitation, à deux dans un corps. J’ai contaminé mon moteur de recherches d’absurdes quêtes telles que « corps femme après grossesse », « photo ventre après accouchement » ou encore « Google, dis-moi s’il te plait que le petit colibri va s’envoler avec tout ce qu’il a amené avec lui ». Et puis j’ai accouché.

On m’a montée dans ma chambre vers 5H du matin et j’ai passé quelques heures dans le noir à veiller, entre la douce respiration de ce petit être que je ne connaissais pas et qui m’impressionnait terriblement et les ronflements familiers et rassurants de celui qui était à l’origine de tout ça. Puis, rapidement le jour s’est levé et l’autorisation m’a été donnée d’aller me doucher. Fragile sur mes jambes, douloureuse entre mes hanches, courbaturée, je me suis aventurée dans cette salle de bain d’hôpital à la lumière blafarde. J’ai retiré un à un mes vêtements et ai découvert avec effroi ce corps qui avait changé brutalement, auquel je n’avais pas eu le temps de m’adapter progressivement. J’ai découvert ce ventre encore gros et gonflé mais qui avait perdu le joli arrondi que modelait mon bébé lorsqu’il s’y nichait, ainsi que, par la même occasion, sa raison d’exister. Je voyais désormais ces hanches trop grasses, qui avaient en fin de grossesse été cachées par mon énorme ventres. J’étais déstabilisée par cette poitrine trop gonflée, presque fausse, ces tétons toujours plus larges et ces veines toujours plus bleues. Et j’étais littéralement terrorisée par là où mon joli COLIBRI avait tout dévasté sur son passage s’était délicatement frayé un chemin vers le monde. Pour tout dire et ainsi définitivement abandonner toute forme de pudeur, il m’a fallu plusieurs jours pour oser approcher de nouveau cette partie de mon corps, délicatement enrubannée dans un slip filet…

Je crois être restée plusieurs minutes devant ce miroir et, chamboulement émotionnel et hormonal aidant, j’ai pleuré. J’étais en état de choc. En réalité, je ne m’étais pas préparée à ça. De manière complètement stupide et/ou naïve, je ne pensais pas que mon ventre allait rester si gros. Je crois même que j’ai pu penser, qu’après l’accouchement, je serais un peu ballonnée comme après un repas de famille un peu trop copieux. Dans l’immédiat, je refusais surtout qu’on voie mon ventre ainsi, imposant et vide et que mes aimables visiteurs se croient autorisés à juger ma prise de poids pendant la grossesse, désormais à découvert depuis l’envol de mon colibri. J’ai par la même occasion réalisé que je ne pouvais pas cacher ce ventre, trop volumineux, et ai été confrontée à une cruelle alternative : assumer ce gros ventre coûte que coûte, ne serait-ce que par respect pour ses bons et loyaux services, ou tenter de  le cacher, mal, de manière un peu grossière et peu seyante. J’ai bien évidemment choisi la pire des deux options, à grand renfort de Tshirt trop larges, ni jolis, ni féminins, qui ne m’ont pas aidée à redorer l’image que j’avais de ce corps inconnu…

J’ai détesté les stars et people en tous genres qui nous laissent croire à cette absurdité selon laquelle le corps pourrait se remettre naturellement, instantanément et sans danger de 9 mois de grossesse. J’ai haï tous les magazines féminins qui nous permettent d’oublier qu’un ventre après l’accouchement reste gros et rond, que la poitrine gonfle, que les cernes se creusent, qu’il n’est pas possible de courir dans les magasins refaire sa garde-robe dès le lendemain de l’accouchement car le corps a, avant tout, besoin de repos. Plus généralement, j’en ai terriblement voulu à tous ceux et à toutes celles qui nous cachaient la réalité de l’après-grossesse.

 

Mon corps 9 mois après l’accouchement : tour du propriétaire

Par la suite, je n’ai pas fait partie de celles qui sortent de la maternité avec leur poids d’avant-grossesse. Je n’ai malheureusement pas non plus appartenu au lot des femmes qui fondent avec l’allaitement. Il est au surplus très probable que je ne relève pas de la catégorie des jeunes mamans dont le corps revient à l’identique 9 mois après l’accouchement (sauf à ce que je perde 3 kg en quelques heures… !). J’ai en revanche eu l’indicible bonheur de me prendre quelques remarques telles que « ça fait bizarre de te voir comme ça », « il te reste encore pas mal de poids à perdre, non ? » ou encore « ah non, pas de saumon cru pour les femmes enceintes » alors que je ne l’étais plus depuis 2 bons mois…

Il me reste à ce jour, 9 mois après mon accouchement, outre les maxi-mega-cernes et le laisser-aller général causé par le surmenage de la vie de jeune working-mummy, une poitrine trop molle et zébrée de vergetures, des hanches restées larges, un ventre bien trop flasque et des muscles abdominaux et fessiers portés disparus. Je commence tout juste à voir mes cheveux (tombés en masse) repousser par touffes entières (c’est très élégant je vous assure, la mèche de cheveux de 2 à 3 cm qui perce au milieu des cheveux longs… !) et ne remets toujours pas, ou au prix de douloureux efforts et de basses tricheries (telles que l’ouverture du bouton de braguette), mes jeans d’avant-grossesse.

Je sais qu’il me sera possible de faire évoluer certains points mais que d’autres séquelles de la grossesse sont irréversibles. Et je l’accepte difficilement. Je ne supporte pas l’idée d’avoir perdu le contrôle de mon corps. Je ne supporte pas que mon corps soit désormais cet étranger. Ce nouveau corps, je ne le connais pas et il symbolise pour moi une forme de défaite : je n’ai pas su être à la hauteur de ces femmes pour qui la grossesse n’est qu’un état transitoire et qui retrouvent leur corps originel dès le bébé sorti. J’ai donc appris à nourrir, au fil des mois, une forme de haine et de mépris pour toutes ces traces de grossesse ou d’allaitement.

 

Et puis, je me suis retrouvée au milieu d’une pataugeoire à Center Parc

Comme une ado, j’ai opposé pendant plusieurs mois l’image que mon corps me renvoyait dans le miroir et le reflet que j’aurais aimé qu’il m’offre. J’ai minutieusement scruté et listé chacun de ses défauts, chacune des raisons pour lesquelles il m’avait déçue. J’ai surtout appris à cacher, à négliger et à oublier mon corps (qui s’est pour sa part attelé à me rappeler qu’il existait bel et bien, en m’adressant des douleurs en tous genres).

Et puis je me suis retrouvée un week-end à Center Parc, à m’amuser avec mon bébé au milieu d’une pataugeoire dans laquelle s’extasiaient/hurlaient/s’éclaboussaient plein d’autres bébés ou jeunes enfants. Et j’ai regardé celles qui, comme moi, observaient amoureusement la chair de leur chair évoluer dans l’eau chlorée. J’ai brusquement prêté attention à ces femmes qui, comme moi, se retrouvaient en maillot de bain accroupies ou assises dans 30 cm d’eau, dans une position peu enviable pour la silhouette. J’ai surtout pensé aux difficultés qu’elles avaient dû rencontrer en amont pour accepter l’idée de se retrouver dans cette position et dans cette tenue, dans 30 cm d’eau. Ces femmes qui avaient ces mêmes hanches larges, ces poitrines trop lourdes ou trop basses, ces ventres trop mous, ces vergetures trop visibles, ces capitons trop présents, ces cernes trop peu maquillées, ces cheveux trop rapidement coiffés… Et j’ai compris.

J’ai brutalement compris que le regard que je portais très sévèrement sur moi-même était le regard de l’ado ou de la jeune adulte qui ne savait pas. Celle qui ignorait tout des lois du corps qui n’en fait qu’à sa tête pendant la grossesse, du lot de douleurs accompagnant l’accouchement et ses suites, de l’incommensurable fatigue accumulée au cours des premiers mois d’un bébé. Celle, surtout, qui ignorait ce que cela signifiait d’aimer. D’aimer à la folie et d’avoir peur à en mourir pour un tout petit être. Ce petit être pour qui on donnerait tout et, surtout, pour qui on renoncerait à beaucoup.

J’ai ainsi compris que si toutes les femmes de la pataugeoire présentaient ce même sourire idiot et ces mêmes stigmates corporels, c’est que, pour elles, la vie avait pris un autre sens, que l’ordre de leurs priorités avait été bouleversé et que, dorénavant, elles passeraient toujours après.

Et c’est comme ça que j’ai compris que mon corps n’était pas la démonstration d’un échec et, surtout, que si je voulais un jour expliquer à mon PETIT COLIBRI qu’il devait aimer son corps et toujours le respecter, il était indispensable que je commence à appliquer tous ces grands principes à moi-même.

Je ne vous dirai pas avec hypocrisie que du jour au lendemain je suis devenue fière des séquelles de ma grossesse. Ce serait un vaste mensonge. Je peux en revanche vous affirmer qu’en quelques heures, autour d’une pataugeoire, j’ai pris conscience du fait que j’avais cruellement manqué de respect à mon corps.

Alors, c’est décidé. Pour LUI, pour mon PETIT COLIBRI et surtout pour moi, je vais apprendre à aimer ce corps, MON corps, à qui je dois tant.

 

Par goût du défi et, surtout, pour avoir un support de motivation, je me donne 30 jours pour apprendre à faire connaissance avec ce nouveau corps et, surtout, pour définitivement faire la paix avec lui. Donc, pour les curieux, rendez-vous sur ce blog dans 30 jours !

4 commentaires Ajoutez les votres
  1. Bonjour
    Je tenais a vous féliciter pour la qualité de vos recits.
    Je vois que vous avez pris 3 bonnets mon dieu c’est beaucoup ! Vous partiez de combien ?
    Si je resume 9 mois apres il vous reste 3kg en trop et a vous retonifier ( j’imagine ceci difficile a faire mais pas impossible).
    Derniere question quand est il de vos relations amoureuse comment avez vous repris ceci avee vous mise du temps?

    1. Bonjour Carole et merci pour ton commentaire !
      Désolée pour ma réponse un peu tardive, mais, comme tu l’as peut-être vu sur nos comptes facebook ou instagram, nous avons passé les deux dernières semaines à trois loin de tout… D’où cette déconnexion momentanée !
      Concernant les bonnets gagnés, c’était pour moi une immense victoire sur les push-up et mon petit 85B 😉
      J’ai un peu traîné mais je vais publier la liste des efforts réalisés pour me sentir mieux dans ce nouveau corps et mon bilan à la veille des 1 an de notre bébé. ATTENTION, TEASING : globalement, tout va beaucoup mieux, je me sens à l’aise dans mon corps qui est finalement assez peu différent de mon corps d’avant grossesse (à quelques détails près !) et, depuis cet article, je me suis même baladée en maillot sur la plage (presque) complètement décomplexée et ai tenté sans sourciller l’ingrate expérience de la combinaison intégrale de surf !!
      Concernant les relations amoureuses, tout dépend bien évidemment des séquelles laissées par l’accouchement, de l’état de fatigue et, bien naturellement, de la capacité de chacun des membres du couple à évoluer et à s’adapter à cette nouvelle vie (et à ce nouveau corps, parfois encombrant)… Ce serait mentir que de te dire que les débuts sont évidents (tant sur un plan physique que psychologique). Il m’a fallu un bon mois pour que les relations amoureuses puissent reprendre (soit, me concernant, la fin des lochies) et 4 à 5 mois pour que les choses reviennent à peu près à l’identique (ce qui correspond à la fin de la rééducation périnéale et abdominale). En revanche, de mon humble expérience, la grossesse et l’accouchement n’ont en aucun cas impacté nos relations amoureuses : bien au contraire, je pense que depuis l’arrivée de notre bébé (et contrairement à beaucoup de craintes que j’avais pu nourrir pendant ma grossesse), notre relation de couple a vraiment été renforcée, sur tous les plans.
      Et toi, tu es actuellement enceinte ? C’est un projet ? Tu as accouché ? Si c’est le cas, n’hésite pas à nous raconter comment tu vis tout ça, ce serait un plaisir d’échanger !

  2. Beaucoup d’émotions à la lecture de cet article… Ce corps d’après grossesse, encombrant et flasque, est d’autant plus difficile à accepter que la relation au corps d’avant grossesse n’était pas non plus toujours aisée. Et la période actuelle où on ressort les tenues légères et les maillots de bains ne facilite pas les choses. J’admire ta résolution de « faire la paix » avec ton corps. J’essaye souvent, j’y arrive rarement, mais je ne désespère pas !

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