Allaitement : et pourquoi je n’aurais pas ma place ?

Je vous préviens, cet article est un coup de gueule !  Un coup de gueule contre cette vision bien trop répandue (et selon moi très archaïque) selon laquelle l’allaitement se limite à un moment exclusif entre la mère et son enfant, excluant d’emblée toute participation du papa que l’on relègue dans le meilleur des cas au rôle de spectateur. Alors oui mesdames, c’est votre corps, votre poitrine, mais pas uniquement VOTRE moment : ce n’est pas parce que votre chéri ne produit pas de lait qu’il ne doit pas se sentir concerné par ce moment privilégié. Dans mon monde de bisounours, chacun peut participer à sa manière, à son échelle… l’important est de vouloir le vivre ensemble et de le partager, tout simplement. Bah oui, après tout, pourquoi je n’aurais pas ma place ?

Allaitement or not allaitement ? Une question très personnelle… qui peut s’assumer à deux.

C’est là que tout commence. Il y a les intégristes de l’allaitement qui ne jurent que par l’image sacrée de la mère nourricière et celles que la tétée dégoûtent, celles qui ont entendu par une copine que c’est quand même beaucoup mieux pour la santé de bébé et d’autres qui défendront à corps et âme que le lait « artificiel » comporte les mêmes caractéristiques que le lait maternel. Il y a celles qui ne peuvent pas, celles qui ne peuvent plus, celles qui ne veulent pas s’infliger cette contrainte ou encore celles qui n’imaginent pas pouvoir s’épanouir totalement dans leur rôle de mère sans passer par là… Bref, tout cela pour dire que personne n’est pareil et qu’il s’agit d’une question très personnelle :  il ne s’agit pas ici de porter un jugement sur les choix de chacun et de relancer le débat entre pro et anti-allaitement, car pour l’avoir vécu de près, je pense très sincèrement que la meilleure des décisions est celle avec laquelle on se sent bien. Vous ne faites pas un bébé pour les autres alors… n’adaptez pas votre comportement pour eux, faites ce qui vous semble juste, car au final, ce sera à vous de l’assumer.

Très tôt pendant la grossesse, nous avons abordé le sujet avec ma femme. Pour moi, la décision finale lui revenait, car quoi que l’on puisse dire, c’est son corps et je déteste l’idée que l’on puisse faire ce genre de chose à contre-coeur. En revanche, j’avais une certitude et volonté : celle de la soutenir quelle que soit sa décision et de l’assumer avec elle. Et lorsque nous avons décidé de tenter l’allaitement, ma position était très claire : ma chérie, je serai à tes côtés pour t’aider à chaque instant, nous le ferons en équipe, mais surtout : ne te mets pas de pression ! Si ça ne marche pas, ce n’est pas grave, il y a des alternatives très bien et cela ne doit pas nous affecter. Je savais aussi que cette pression pouvait justement être le meilleur moyen pour que cela prenne des proportions pas possibles et voulais à tout prix éviter cette culpabilité, du genre « je ne suis pas capable de nourrir mon bébé » ! Bref, nous avons tenté l’allaitement.

 

Allaiter à 2, et si c’était possible ?

Avant la naissance de notre PETIT COLIBRI, j’entendais toujours le même discours à propos de l’allaitement. On me le décrivait comme un moment très fusionnel entre la mère et son enfant, un moment d’échange unique qu’un père ne pourrait jamais comprendre. Et ces pères, justement, décrivaient avec une certaine fatalité une situation qui ne les « concernait » pas,  dans laquelle ils n’avaient pas leur place. Et moi, en tant que grand défenseur de l’égalitarisme qui repasse ses chemises (ndlr : et même ses robes à elle) tout seul comme un grand, je ne pouvais me résigner à subir cette situation passivement… d’autant plus que, j’en suis persuadé, c’est aussi là que commence à se créer le lien avec bébé… oui, mais comment faire pour trouver mon rôle dans cet allaitement qui, par définition est le « mode d’alimentation de l’enfant par sa mère » ?

Et puis bébé est arrivé et tout cela s’est fait très naturellement. Les 10 jours qui ont suivi notre retour de la maternité, le lit de notre oisillon était à côté de moi et, chaque fois qu’il se réveillait, je le prenais pour le rassurer le temps que ma wonderwoman de femme émerge et se mette en position, puis l’installais sur elle. Pendant toute la tétée, j’essayais d’être actif à ma manière, en lui apportant de l’eau, en caressant les pieds et le cou de mon bout’d’chou pour qu’il reste éveillé, embrassant ma chère et tendre en guise de soutien, la faisant rire pour ne pas qu’elle s’endorme…puis je le changeais et le recouchais. Bref, j’étais là. Et très vite, j’ai bâti une relation formidable avec mon bébé, jamais je n’ai eu ce sentiment d’impuissance ou d’inutilité, ni de préférence de notre progéniture pour sa mère ou moi : nous avons construit une équipe autour de l’allaitement et nous en gardons tous les deux de très bons souvenirs, malgré la fatigue évidente et le rythme pas toujours facile à tenir ! Et quelque part, cela vaut aussi pour les couches, le bain…tous ces nouveaux moments du quotidien qui sont autant de prétextes de se découvrir et de passer du temps ensemble.

 

L’exclusivité, une solution de facilité ?

A me lire, certaines diront « oui mais moi, mon mec il n’a pas que ça à faire de se lever, il me dit qu’il ne sert à rien… et de toute façon il ne l’entend pas la nuit », oui ok, cela doit arriver… mais lui avez-vous seulement laissé une place ? Il est, je pense, très facile pour une jeune mère, après l’intensité de la grossesse et de l’accouchement, de vouloir se retrouver dans ces moments et de vouloir les garder pour soi… il est flatteur de se sentir unique, privilégiée, désirée, demandée, indispensable… mais cela ne doit pas être aux dépens de l’autre. Vous aurez de toute façon toujours une place particulière pour votre bébé, mais le coeur de ces petits êtres plein de surprises est assez grand pour être partagé !

Et vous messieurs : bougez-vous !  C’est dès le départ que votre relation se tisse. Vous avez joué au mec idéal pendant toute la grossesse en comblant ses envies de fraises à 3h du matin? Bravo, mais le marathon ne fait que commencer. Oui, je sais, on travaille, on est fatigué…mais ne vous dites pas qu’un congé mat’, c’est comme des vacances.

Bref, chacun fait comme il veut et il n’y a pas de solutions bonnes ou mauvaises… mais, par pitié, quand on parle d’allaitement : arrêtez de nous faire croire que l’on n’a pas notre place !!! 

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